JB | 26-012 | Mon retour sur le Colloque Obvia 2026 – Souveraineté numérique au Québec

Le dernier colloque de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA) avait comme thématique La souveraineté numérique au Québec : concilier stratégie, éthique et intérêt public. Un sujet que je développe depuis 2022 à travers mes intérêts de recherche sur l’appropriation sociales des innovations technologique dans un contexte géopolitique d’un Québec pays.

Plus de 80 personnes étaient présentent à l’Université Laval pour cette événement.

La gouvernance numérique de l’État

Le professeur Guillaume Beaumier de l’ÉNAP a présenté une introduction de ce qu’est la souveraineté numérique soit « la capacité d’un État, d’une organisation ou d’un individu à exercer un contrôle sur ses données, ses infrastructures et ses usages dans l’espace numérique ».

Il a par la suite animé un panel avec Pierre Trudel (Université de Montréal), Audrey Leboeuf (Ville de Bromont) et Sandrine Lambert (Université Concordia).

Découverte : D’ailleurs, voici une vidéo avez plusieurs entrevues de chercheurs internationaux qui tentent de répondre à la question de la gouvernance de l’IA lors d’un colloque en 2025.

Gouverner l’IA et les nouvelles technologies | Guillaume Beaumier et invité·es | Rétroaction

Depuis 2023, je suis étudiant à l’ÉNAP. J’ai troqué ma quête de compléter mon doctorat à l’UQAM pour me recentrer sur deux microprogrammes à l’ÉNAP sur La gouvernance du numérique dans l’administration publique et la Gestion intégrée de la performance publique.

Transition numérique et écologique

Mon coup de cœur pour cet événement a été Annie Chaloux, politologue spécialisé depuis 15 ans en gouvernance climatique internationale et politiques publiques environnementales de l’Université de Sherbrooke.

Ses réflexions sont rigoureuses et inspirantes malgré le constat sans équivoque que notre époque est grandement turbulente au regard des changements climatiques et des innovations technologiques incontrôlées.

D’ailleurs, elle est cotitulaire de la Chaire de recherche en diplomatie scientifique climatique : savoirs, technologies et gouvernance.

Axe 1 — Diplomatie scientifique et transformations technologiques Cet axe étudie l’impact des technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle, les plateformes de données ou le calcul quantique, sur les pratiques et les équilibres de la diplomatie scientifique. Il analyse la façon dont ces innovations redéfinissent la production, la circulation et la légitimité des savoirs climatiques dans les espaces multilatéraux et au sein des institutions internationales.

Dans sa présentation, elle a parlé de démocratiser l’accès à l’expertise, d’utiliser notre souveraineté comme un levier pour encadre les actions par nos choix, l’importance des choix d’allocation de l’énergie disponible et l’importance souvent oublié de l’eau. Nous en avons beaucoup, mais nous la gaspillons et des changements sont en cours.

Aussi de l’importance de faire de la contrainte climatique un principe structurant avec quatre conditions :

  • Hiérarchiser les usages
  • Encadrer les infrastructures
  • Assurer la cohérence
  • Éviter le techno-solutionnisme

Ses travaux sont alignés sur ceux de Chemins de transition de l’Université de Montréal et d’Espace pour la vie sur l’enjeu de la sobriété numérique. Ce travail incroyable est pertinent et réellement prospectif (réalisé entre 2020-2022). L’innovation technologique de l’intelligence artificielle générative et la course effrénée qui en résulte est une amplification sans borne des limites que nous subirons tôt ou tard. La « priorisation collective des usages du numérique » est LE plus grand défi devant nous comme société et gouvernement.

À travers mes années de collaboration avec l’organisme Communautique, j’ai été au fait et partie prenante du mouvement des Fablabs depuis 2011, des Fabcity depuis 2015 et de FabCity Montréal depuis 2021. L’alignement environnement-humain-technologie est indéniable et toujours pertinent aujourd’hui.

Le Fab City Summit – Fabriquer les communs (2021) a été une occasion de faire rayonner les multiples expertises et initiatives pour changer nos sociétés en partant des réalités et des contraintes physiques. Voici ma courte vision de la nécessité d’un nouveau modèle :

Démocratie numérique : intégrité électorale et débats publics

La présentation « L’exercice de la souveraineté numérique et la gestion des risques éthiques des systèmes d’IA pour la démocratie » est certainement la thématique la plus importante actuellement. Cette présentation de Luc Bégin, président du CEST, et de Kathia Légaré, conseillère en éthique des sciences et des technologies a permis d’entrevoir les résultats des travaux qui seront publiés en mai 2026 prochain.

La conférence intitulée « Les risques éthiques des systèmes d’intelligence artificielle (SIA) pour l’intégrité électorale et les débats publics » était très riche de réflexions.

La Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST) porte sur l’exercice de la souveraineté numérique en tant que capacité d’une communauté politique de faire ses propres choix en ligne comme hors ligne. Dans les espaces numériques — qui intègrent désormais des systèmes d’IA générative — les pouvoirs publics doivent adapter leurs façons de faire pour s’assurer du respect des principes et valeurs démocratiques, incluant le respect des droits et libertés.

Quelques éléments en vrac :

Les dysfonctionnements des espaces numériques

  • Opacité du fonctionnement (permet l’utilisation de subterfuges trompeurs difficiles à détecter; et la dissimulation de l’identité derrière des comptes anonymes)
  • Asymétries des capacités des utilisatrices et utilisateurs
  • Inégalité de leur influence sur la circulation de l’information

L’intégration des SIA dans l’espace numérique

Les systèmes d’intelligence artificielle générative (SIA) sont des outils puissants, polyvalents et accessibles.

Trois catégories d’usages : 1) production presque automatique de contenus et d’hypertrucages (générateurs d’images), 2) Filtrage et sélection des contenus diffusés (agents conversationnels), 3) ciblage publicitaire des personnes sur la base de leurs activités en ligne (appuyé par l’analytique avancée).

L’accentuation des cyberviolences

  • La majorité des hypertrucages sont sexuels (principalement les femmes et les filles, personnes candidates, figures publiques ou toute personne qui exprime un point de vue en ligne).
  • Impacts sur l’exercice des droits et libertés, en particulier le droit à la vie privée et à la dignité, mais aussi à la liberté d’expression (effet potentiel sur le pluralisme et la diversité des idées débattues, sur la participation politique (droit de présenter sa candidature)
  • Plusieurs plateformes tolèrent la production et la diffusion de ces contenus (ex. canaux spécialisé sur Telegram)

L’exercice de la souveraineté numérique

Constats :

  • Grande variabilité des plateformes numériques et de la volonté de collaborer au respect des lois
  • Un rapport de force défavorable avec les grandes entreprises du numérique (appuy par les États-Unis)

Solutions :

  • Collaborer avec les démocraties ayant des valeurs communes, s’inspirer de ce qui se fait ailleurs et adopter des mesures proportionnelles, diversifiés et réalistes
  • Trouver des mesures innovantes, mettre à jour les lois existantes (LCCJTI) et facilité leur application

Les résultats du rapport seront certainement très clairs et en lien avec le risque majeur que les citoyens et la population ne puissent plus faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est faux.

Études sur l’éducation et l’intelligence artificielle

Un des partenaires présents était la Commission de l’éthique en science et en technologie du Québec qui ont un rôle majeur depuis plusieurs années. Malgré une petite équipe, ils travaillent sans relâche pour conseiller les décideurs publics québécois et contribuer à la réflexion sur les enjeux éthiques associés aux développements scientifiques et technologiques. En 2024, ils ont publié avec le Conseil supérieur de l’éducation le rapport Intelligence artificielle générative en enseignement supérieur : enjeux pédagogiques et éthiques.

Lors de cette journée, l’Obvia a publié sa 3e édition de « État de la situation sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle et du numérique – 2026 ».

Ce document interdisciplinaire propose un état des connaissances scientifiques structuré autour de ses sept axes de recherche et met en évidence l’ampleur croissante des effets de l’IA sur les sociétés contemporaines.

Un des constats importants concerne l’enjeu de la gouvernance.

« On observe aujourd’hui un affaiblissement de la capacité des États et de la société civile à orienter le développement et l’intégration de l’IA, alors même que les besoins d’encadrement, de transparence et d’imputabilité n’ont jamais été aussi pressants. »
-Tania Saba, directrice générale intérimaire de l’Obvia, titulaire de la Chaire BMO Diversité et gouvernance et professeure titulaire à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal

Les constats pour l’axe Éducation et capacitation (p. 27) sont importants à considérer sachant que l’évolution est très rapide au niveau technico-industriel de l’intelligence artificielle génératives.

  • Institutionnalisation de l’IA : processus incomplet et forte hétérogénéité des réponses
  • Fractures IA et reconfiguration des inégalités éducatives
  • Effets sur les apprentissages et risques cognitifs émergents
  • Développements technologiques récents et enjeux de gouvernance éducative
  • Personnalisation algorithmique et équité éducative
  • Assistance algorithmique vs développement cognitif
  • Automatisation pédagogique vs autonomie professionnelle

Quatre questionnements importants pour les prochaines années :

  • Quelles conditions d’acceptabilité pédagogique et sociale de l’IA en éducation ?
  • Comment préserver le développement des compétences humaines à l’ère de l’IA agentive ?
  • Quelle gouvernance éducative face à l’automatisation et à la concentration du pouvoir technologique ?
  • Quelles interventions pour une approche capacitaire de l’IA en éducation ?

Ma contribution des dernières années

Des constats importants que j’explore dans mon rôle de conseiller pédagogique TIC (depuis 2019) au Collège de Bois-de-Boulogne au niveau institutionnel (plan stratégique, programme) et au niveau pédagogique (compétences et pratiques d’enseignement). J’ai contribué aux réflexions du prochain plan stratégique avec la notion de « résilience socionumérique » comme notre chemin pour s’adapter aux changements technologiques du numérique et de l’intelligence artificielle générative.

En terminant, je suis quelque peu triste de ne plus être directement dans le circuit de la recherche académique sur les enjeux numériques. Après 20 ans de recherche-action, en 2022, j’ai troqué mon chapeau de chercheur pour celui de militant afin d’amener des politiques publiques numériques rigoureuses à travers l’implication politique (Mes chemins vers l’innovation et la souveraineté numérique). Je poursuis ma contribution sociale d’une autre manière. Collaborons.

JB | 26-011 | Améliorer la gouvernance et la performance de l’administration publique

Le Rapport Gallant (février 2026) de la Commission d’enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la Société de l’assurance automobile du Québec. https://www.cesis.gouv.qc.ca/la-commission#c751

Les constats et les conclusions sont importants.

La Commission a fait 5 grandes recommandations pour améliorer la gouvernance de la transformation numérique de l’administration publique du Québec. Une très bonne base pour s’assurer que les fonds publics soient mieux utilisés et que les projets de numérisation arrivent à bon port dans l’avenir.

  1. Se doter d’une entité centralisée spécialisée en transformation numérique de l’État
  2. Resserrer les règles de gouvernance des sociétés d’État
  3. Faire évoluer les lois et règlements pour assurer le succès des projets numériques
  4. Favoriser la transparence et l’accès à une information fiable
  5. Bonifier les pouvoirs des remparts institutionnels de l’État québécois veillant notamment à la surveillance des projets numériques

Par contre, je crois qu’il faut aller plus loin que la réforme et changer la posture de transformation numérique vers celle de l’adaptation et de la résilience socionumérique avec la construction d’une vision globale cohérente pour le Québec.

Les prochaines années seront crutiales.

JB | 26-010 | De la souveraineté numérique à la démocratie numérisée : le Québec doit passer de la réforme à la transformation

Oui, la souveraineté numérique est importante.

L’Énoncé de politique de souveraineté numérique et d’approvisionnement en technologie de l’information (TI) par le ministère de la Cybersécurité et du Numérique est une très bonne chose et un pas dans la bonne direction. Enfin.

Extrait :

« L’Énoncé vise à établir le socle stratégique qui servira de référence pour déterminer les priorités en matière de souveraineté numérique. Concrètement, il s’articule autour de huit orientations fondées sur deux objectifs centraux.

1. Accroître la souveraineté numérique du Québec

  • Favoriser l’hébergement souverain des données au sein du Nuage gouvernemental du Québec (NGQ) et dans les centres de traitement informatique (CTI);
  • Assurer le contrôle des données par l’intermédiaire, notamment, des centres de données sous juridiction québécoise;
  • Renforcer l’utilisation du logiciel libre et soutenir la création de solutions sur mesure;
  • Maximiser l’utilisation de la Plateforme de développement moderne (PDM);
  • S’inspirer des meilleures pratiques internationales en matière d’encadrement des TI.

2. Maximiser les retombées économiques des investissements de l’État en TI

  • Exploiter pleinement les marges de manœuvre disponibles au sein du cadre normatif en gestion contractuelle;
  • Bâtir une expertise et une capacité numérique locale forte;

Si elles sont adoptées, les orientations présentées dans l’Énoncé constitueraient l’assise d’élaboration d’une politique gouvernementale en matière de souveraineté numérique et d’approvisionnement en TI.

Une telle politique gouvernementale permettrait d’établir des orientations claires et cohérentes avec les priorités stratégiques du gouvernement, puis de définir, de planifier et de mettre en œuvre des initiatives concrètes visant à renforcer l’autonomie numérique de l’État. « 

Une vision d’actualité, oui. Mais, en même temps, les actions du gouvernement depuis des décennies sont orientés vers des choix technologiques classiques comme plus récemment le Dossier santé numérique par l’américaine Epic System, nos infrastructures publiques avec Microsoft (administration, éducation, etc.), nos services d’hébergements (Amazon, Microsoft) et bien plus encore.

De la réforme à la transformation

Mais ce dont on a réellement besoin, c’est d’un projet beaucoup plus large : une société pleinement numérisée, pensée comme un tout. On développe trop souvent des “morceaux” de solution (des choix technologiques, des modèles économiques, des plateformes spécifiques) sans les inscrire dans une vision d’ensemble assez rigoureuse. C’est justement cette cohérence globale qui peut transformer notre façon de vivre ensemble, c’est-à-dire notre pacte social, et pas seulement moderniser des services ou optimiser des systèmes existants.

Le problème, c’est que notre imaginaire du changement social reste majoritairement réformiste, alors qu’il faudrait viser une transformation plus profonde, parfois même une posture plus disruptive. Si je place les approches sur un continuum réformiste → transformateur → disrupteur, j’ai l’impression que 75 % de nos actions relèvent encore de la réforme : un changement réel, parfois utile, mais prisonnier d’un ancien cadre de pensée, donc peu cohérent et peu structurant à moyen et long terme. Les transformateurs, eux, qui représente 20 %, travaillent au niveau du système : ils construisent une vision globale, accompagnent la transition et reconfigurent les différentes facettes de la société pour s’adapter à une nouvelle réalité. Les disrupteurs, les 5%, veulent casser et refonder rapidement à travers une approche révolutionnaire ou d’urgence, difficile à réussir sans contexte exceptionnel. On le voit bien avec les changements climatiques : la plupart des gouvernements tentent de réformer le système pour le rendre moins polluant (Nations-Unis); d’autres acteurs cherchent une transformation coordonnée (éducation, planification, migration des pratiques) (Shift Project); et certains, portés par l’urgence, veulent accélérer le changement au point de bouleverser l’ordre établi (Extinction rebellion).

Je suis dans le camp des transformateurs.

Voici une schématisation réalisée avec Nano Banana de Gemini.

Voici une schématisation réalisée avec Nano Banana de Gemini – 16-02-2026

L’enjeu, au fond, c’est celui de la manière de faire : voulons-nous construire une société numérisée démocratique, ou glisser vers une société numérisée autoritaire? Avec la domination des GAFAM et des BATX, nous sommes déjà dans la voie de la domination corporative numérisée.

Dans le monde, certains pays imposent des changements très rapides en écrasant des résistances, en détruisant des façons de faire par le contrôle et même parfois par la violence. Au Québec et au Canada, nous vivons dans une société prospère, mais nous restons souvent prisonniers d’une logique de réforme : on ajuste l’existant, on améliore à la marge, sans se donner la capacité d’une transformation cohérente. Pour moi, l’indépendance du Québec, avec notre pleine autonomie sur nos lois, nos ressources et nos choix, ouvrirait l’espace politique nécessaire pour transformer réellement notre société vers un modèle plus numérisé, tout en préservant une approche démocratique et des valeurs d’égalité. Il ne s’agit pas seulement d’adopter des outils, mais d’aménager un meilleur “vivre-ensemble” où les technologies actuelles et futures (plateformes numériques, technologies de confiance comme la blockchain, etc.) sont mises au service du bien commun.

Cette transformation devient d’autant plus urgente que d’autres peuples ont déjà franchi le pas : la numérisation n’est plus une option abstraite, c’est un choix de société qui se présente à nous. Et ce choix est clair pour moi, c’est une démocratie numérisée. Nous devons choisir entre deux modèles : d’un côté, celui de l’Estonie, petit pays d’Europe du Nord qui a déployé une vision numérique intégrée au service des citoyens; de l’autre, un modèle de contrôle intensif où la technologie sert d’abord à maintenir le pouvoir, comme en Chine avec des mécanismes de surveillance et l’idée du « crédit social ». Autrement dit, la question n’est pas seulement à quelle vitesse on se numérise, mais dans quel sens et avec quelle vision démocratique.

JB | 26-009 | Conversation brisée et démocratie fragilisée

Le texte « Malaise dans la conversation démocratique » de Normand Baillargeon et Réjean Bergeron exprime très clairement la polarisation actuelle des échanges et une sorte de spirale descendante qui nous éloigne de la bienveillance et qui nous épuise personnellement et collectivement.

« Nous faisons le pari que, par-delà les différentes positions politiques ou éthiques que certaines personnes défendent souvent avec passion, la plupart d’entre elles seront d’accord avec nous pour reconnaître que nous traversons en ce moment une troublante et inédite crise de la conversation démocratique.

Une polarisation, que personne n’aurait prévue il y a 15 ans, se déploie désormais quotidiennement dans l’espace public. Elle se manifeste par une incroyable prolifération d’insultes que plusieurs ne se gênent plus à utiliser. Traiter quelqu’un de transphobe, de raciste, d’extrême droite, d’islamophobe ou de fasciste devient monnaie courante et surtout sans conséquence pour les diffamateurs. »

Oui, tous les sujets sont importants et ceux qui nous occupent maintenant sont de plus en plus près du quotidien des gens comme se nourrir, se loger, travailler. Il est difficile, par exemple, de penser le futur technologique de nos démocraties alors que plusieurs ont faim, même ici, dans une société aisée.  

Les enjeux sont réels, complexes, émotifs et historiques. Prendre le temps de discuter, de comprendre, d’agir avec conviction et sincérité est difficile mais nécessaire dans ce monde en turbulence. Oui, il faut tracer des lignes, prendre position. Mon cadre est celui de la science et la démarche scientifique et c’est la meilleure chose que nous avons (malgré des risques) pour prendre des positions et avancer.

Le grand bordel mondial est celui de la concentration de la richesse, d’un système financier biaisé et tout ce qui soutien ce système. L’impact, c’est la perte constante de système démocratique dans le monde et surtout une non-action avec les changements climatiques. C’est ça, le cœur des injustices pour nous et les prochaines générations.

JB | 26-008 | De la souveraineté numérique à la résilience socionumérique : Un mécanisme décisionnel entre la performance et la robustesse

La souveraineté numérique est nécessaire et urgente à faire. C’est indéniable maintenant. Plusieurs États dans le monde sont sensibilisés et agissent de plus en plus en conséquence avec des actions majeures face à la domination des GAFAM (États-Unis) et des BATX (Chine).

En quelques années, l’enjeu est passé du volet économique au volet géopolitique. Les États-Unis de Donald Trump ont ébranlé ce qui restait de « l’équilibre » international. La dépendance est grande et un risque important apparaît partout dans le monde pour la souveraineté des États et des peuples. L’Estonie, petit pays d’Europe du Nord, avec le programme e-Estonia, est de loin le gouvernement et le peuple le plus expérimenté au niveau numérique en contexte démocratique (la Chine est aussi très avancée mais dans une orientation de contrôle et de surveillance).

Il y a 10 ans, en 2016, lors de l’ACFAS, comme conseiller et chercheur-doctorant, j’ai contribué à l’organisation d’un colloque intitulé
646 – Construire la plateforme numérique du Québec à l’ère des communautés collaboratives et de la e-gouvernance : où allons-nous à partir de maintenant? dans lequel plusieurs chercheurs et experts ont défini les défis et la nécessité d’aller vers une société numérisée et l’intelligence collective en impliquant l’ensemble des parties-prenantes, dont les citoyens.

Gouvernance numérique, technologie blockchain et décentralisation de la société

Aussi, à cette époque, je suis devenu un « e-resident » de l’Estonie, un projet innovant qui permettait aux entrepreneurs de créer une entreprise à distance ayant un aspect légal en Europe. Déjà, c’était une démonstration de leur capacité d’innovation avec un État qui a su coordonner des efforts entre les ministères, les entreprises et les citoyens pour adapter l’administration publique.

Avec l’arrivée de l’industrie de l’intelligence artificielle générative, la guerre commerciale du financement (milliards de dollars), des centres de données et des ressources (énergies, eaux, terres rares), de l’expertise (talents), a été accélérée la situation avec un facteur 10.

Comment y faire face ?

L’ère de la « transformation numérique » de nos organisations n’est plus une planification tranquille et volontaire. Nous devons nous adaptés rapidement par nécessité et moins par lucidité dorénavant. Le temps de « l’adaptation numérique » est là et des décisions majeures et rigoureuses devrons être faites.

Notre système économique et sociale est orienté vers la « performance » tandis que le contexte mondial nous amène vers une approche de « robustesse » de nos institutions (numérique, changement climatique, crise sociale, etc.).

Comme État, nous devons naviguer sur ce continuum (performance <–> robustesse) avec des décisions hybrides et de qualité. Une des composantes de ce mécanisme décisionnel est la « résilience socionumérique ». Elle se base sur les sciences et le design social collaboratif.

La « résilience socionumérique », c’est de considérer à la fois la dimension technique et la dimension sociale de l’adaptation numérique. C’est la capacité d’une administration, d’une entreprise, d’un collectif, et des citoyens à maintenir ses activités essentielles grâce aux outils numériques et d’être en mesure s’adapter rapidement en mobilisant la technologie et la coopération sociale lors de perturbations majeures. Elle implique des systèmes robustes, des individus compétents et des institutions préparées. Finalement, c’est un écosystème sociotechnique capable d’apprendre des chocs pour être plus fort.

Nous devons aller au-devant du solutionnisme technologique et pensez aux usages numériques les plus porteurs de changement.